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20/01/2012 Robert Jules et Romaric Godin La tribune.fr
Depuis le début de la crise de la dette, c'est le thème politique de la rigueur qui a dominé.
Mais avec le risque de récession, la nécessité de prendre des mesures favorisant la croissance est en train de s'imposer dans le débat. Problème, seule l'Allemagne est à même d'engager une politique de relance.

Dans l'interminable feuilleton de la crise de la dette de la zone euro, un nouveau thème s'invite sur l'agenda des leaders européens pour 2012 : la croissance.
"Dans la zone euro, nous sommes au bord de la récession technique", résumait mercredi Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg mais aussi président de l'eurogroupe. "Nous devons consolider nos finances publiques mais il faut aussi attirer l'attention sur la nécessité qu'il y a de doter l'Europe d'une véritable politique de croissance", ajoutait-il, indiquant que le sujet serait au centre du prochain sommet des dirigeants européens le 30 janvier.
En effet, au delà du seul aspect technique, une récession correspond à deux trimestres consécutifs de recul du PIB, c'est également toute la philosophie de la gestion de cette crise qui dure depuis plus de deux ans qui est remise en cause.
Ce n'est pas nouveau. L'année dernière, les États-Unis avaient répété, en particulier par la voix de leur secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, que la seule approche par la réduction des déficits était dangereuse. En septembre, à la veille d'un conseil européen à Varsovie (Pologne), auquel participait Timothy Geithner, le président Barak Obama avait saisi l'occasion pour souligner combien "les politiques bdgétaires doivent partout être guidées par les impératifs de la croissance". Car si dans la zone euro certains pays n'ont d'autres choix que d'adopter des mesures d'austérité, en revanche d'autres, l'Allemagne au premier chef, disposent de marges de manoeuvre pour soutenir la croissance ou au moins mener une politique de relance qui pourrait bénéficier à d'autres membres de la zone euro.
Mais une telle perspective est rien moins qu'évidente tant les seuls arguments allemands relayés par la Commission européenne à Bruxelles portent sur la nécessité de réformer en profondeur nombre d'économies en appliquant des remèdes qui pour le moment n'ont pas donné les résultats escomptés, voire dans le cas de la Grèce, ont conduit au contraire à enfoncer davantage les pays dans la récession. Autre illustration, Berlin refuse toujours que la Banque centrale européenne (BCE) joue le rôle d'acheteur d'obligataire de la zone, au nom de l'aléa moral, et au grand dam de Paris.
Berlin pourrait toutefois devoir agir face à l'urgence et au risque d'une glissade incontrôlée de l'économie européenne qui rendrait vain les efforts de consolidation budgétaires et qui risquerait, à terme, d'alourdir la facture pour l'Allemagne, désormais seul pays parfaitement solvable de la zone euro. Selon le quotidien allemand "Süddeutsche Zeitung", un plan en six points devrait être transmis par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à Herman van Rompuy pour renforcer la croissance, l'emploi et la compétivité des pays membres. Ce plan devra être examiné lors du prochain sommet. Il s'agit de faire baisser le coût du travail, de faciliter l'accès au crédit pour les PME. Un Fond spécial de "croissance et de compétitivité" pourrait être créé. Ce projet sera-t-il suffisant pour freiner la descente aux enfers de la croissance mondiale ? Rien n'est moins sûr tant la plupart des plans de rigueur ont déjà eu un effet négatif.

12/01/12 Une victoire lente mais certaine de la démondialisation
La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’échapper aux idées anciennes », écrivait Keynes en 1936, alors qu’une génération nouvelle d’intellectuels, d’économistes et de politiques réussissaient à imposer des solutions inédites pour sortir du libéralisme qui avait mené à la Grande Dépression.
Nous vivons le même genre d’aveuglement quatre-vingts années plus tard : soumission stupide de la politique aux marchés, conception anachronique de la Banque centrale, qui pourrait régler sans douleur le problème de la dette mais refuse par dogmatisme de le faire, multiplication moutonnière et dangereuse des plans d’austérité.
Comment échapper aux idées anciennes qui nous détruisent?

Retrouvez l'article complet sur le Blog d' Arnaud Montebourg  
Nous sommes habitués en France à ce que toute idée neuve comme la démondialisation subisse le même chemin de croix. Elle est d’abord caricaturée, piétinée… Puis les vieilles certitudes se fissurent et les conservateurs passent soudain avec armes et bagages dans l’autre camp....
.....À droite comme à gauche, le protectionnisme raisonné est en passe de devenir un objet du consensus national.
Il se fonde sur l’idée que le libre-échange sans règle est un échec pour les économies anciennement industrialisées et la politique de l’euro fort un suicide industriel.
Le bilan de cette double erreur que l’Europe est la seule à avoir commise dans le monde (conjuguer une monnaie forte non régulée et des frontières totalement ouvertes) est la perte de 750.000 emplois industriels en France en dix ans et la montée des extrémismes.
Pendant que nous nous entêtons dans nos erreurs, la démondialisation a commencé partout ailleurs, calmement, sans faire de bruit.

13/12/11 "Nicolas Sarkozy devrait convaincre Angela Merkel de faire un geste"

Dans un entretien exclusif à La Tribune, la "patronne des patrons" italiens, Emma Marcegaglia, déplore une Europe qui ne jure que par l'austérité, risquant une récession prolongée.
La présidente de Confindustria exhorte la France à faire pencher la balance en Europe pour des mesures de croissance et des "eurobonds".

Le dernier Conseil européen a adopté des mesures pour plus de rigueur sur le continent. Est-ce suffisant ?
Emma Marcegaglia :
la rigueur est en effet juste mais l'Europe entre en récession.
En Italie nous avons du adopter cette année des plans d'économies pour un total de 75 milliards d'euros et nous entrons donc avec certitude en récession. Et en Europe les prévisions font état au moins d'un fort ralentissement de la conjoncture. Aussi l'idée de ne faire que de l'austérité ne tient pas. Il faut certes plus de contrôles sur les budgets, des sanctions, une véritable Union budgétaire : nous y sommes favorables car une simple coordination ne suffit plus. Mais il faut aussi mettre en place ce Fonds monétaire européen, c'est-à-dire augmenter la capacité du fonds de sauvetage (le FESF et bientôt le MES), comme demandé par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, jusqu'aux 1000 milliards d'euros évoqués et aussi introduire les euro-obligations ("eurobonds") pour financer un peu de croissance. Une Europe qui ne ferait que de l'austérité est en effet promise à une récession prolongée.
Surtout les populations ne comprendraient pas pourquoi sont prises toutes ces dures mesures qui touchent directement leur vie en termes de réduction de leurs revenus, de hausse du chômage.
Comment jugez-vous l'action des gouvernements depuis le début de la crise de la dette souveraine ?
Cette action n'a pas été bonne. En effet s'il y avait eu une action assez énergique et immédiate face à la Grèce, qui ne représente tout de même que 2,5% du PIB de la zone euro et une dette en volume somme toute limitée, nous n'en serions pas là. Les gouvernements ont toujours agi avec retard, sans jamais anticiper et toujours avec des solutions partielles, jamais définitives. Certes cette situation est inédite, c'est la première grande crise de l'euro, mais de là à en arriver à parler d'un effondrement de la monnaie unique c'est incroyable!
Que pensez vous de la position allemande ?
Je comprends la peur des Allemands de devoir payer pour des pays dépensiers. Depuis les années 2000, ils ont fait beaucoup d'efforts et réduit les salaires. Beaucoup de gouvernements ont toutefois changé : en Irlande, au Portugal, en Grèce, en Italie et bientôt en Espagne. L'Italie a dopté un plan d'économies très sévère et très structurel. L'Allemagne peut être rassurée : nous sommes tous prêts à accepter l'union budgétaire et ses sanctions automatiques. Mais à ce stade, la chancelière Merkel doit comprendre qu'elle ne peut rester sur sa position rigide. Sa peur de devoir payer pour les autres est nettement moins justifiée. D'ailleurs dans ce contexte, je comprends que le président Sarkozy tienne beaucoup à cette approche franco-allemande mais il devrait pousser beaucoup plus pour convaincre la chancelière Merkel d'accepter de faire, elle aussi, un geste. Le président français devrait chercher à transférer l'attention sur la croissance économique et des instruments européens communs comme les eurobonds, sinon au bout du compte cela restera une position allemande. Paris et Berlin sont certes le moteur de l'Europe mais à un moment aussi complexe, cette relation bilatérale doit s'ouvrir à une discussion plus large, plus européenne, notamment aussi à l'Italie, dirigée désormais un président du Conseil au profil très européen
Les trois principaux syndicats italiens (CGIL, UIL et CISL) ont protesté ensemble ce lundi contre des aspects du plan de rigueur de Mario Monti. La paix sociale est-elle menacée en Italie ?
Il est évident que les syndicats protestent quand on touche aux retraites. Mais ils n'ont pas convoqué une grève générale mais une grève de trois heures. Des éléments du plan de rigueur qui, socialement, posent plus problème et pourraient être modifiés, comme la suspension pendant deux ans de l'indexation des retraites sur l'inflation. Il y aura des protestations : c'est normal mais je ne vois pas des risques très importants pour le climat social en Italie, surtout si ces modifications au plan d'austérité sont réalisées. En soutenant la rigueur, nous avons une vision certes différente de celle des syndicats mais le dialogue reste ouvert.
Craignez vous un resserrement du crédit, un "credit crunch" ?
Beaucoup. C'est notre préoccupation principale en ce moment. En Italie ce resserrement du crédit est déjà en cours.
Si cette restriction devait se confirmer et qu'il n'y ait plus l'argent pour financer les activités des entreprises et des ménages ce serait très grave. Il faut absolument l'empêcher. L'essentiel est une réduction des écarts de taux entre les obligations italiennes et celles de l'Allemagne. Et donc il faut des décisions fortes au niveau européen. Ce qu'a fait la BCE, notamment pour le financement des banques comme annoncé jeudi dernier par Mario Draghi, ainsi que l'action concertée récente des banques centrales a servi en ce sens. Mais tant qu'il n'y aura pas de solution définitive à la crise en Europe cela peut déboucher sur un credit crunch. Il faut donc absolument en sortir avec une solution définitive et très crédible.
Après les législatives en Italie prévues au printemps 2013, la politique habituelle reprendra ses droits ?
Le gouvernement Monti a réussi un plan de rigueur qu'aucune coalition de droite ou de gauche n'aurait réussi à faire. Il marque aussi une phase de "pacification" entre les camps politiques antagonistes. Ils sont obligés de coopérer en ce moment de crise et cela est positif. D'ici 2013 une décomposition et une recomposition de quelques forces politiques pourraient se produire. Tant la gauche que la droite étaient jusqu'ici en leur sein très diverses, peu homogènes.
Cette période d'urgence nationale pourrait amener à des changements dans les coalitions et déboucher sur des forces politiques plus homogènes. Cela augmenterait du coup la gouvernabilité du pays.


21/11/11 Les entreprises happées par la récession
Eric Heyer, de l'OFCE, a calculé que si tous les pays de la zone euro respectent leurs engagements de consolidation budgétaire, la récession atteindra 1,7% en 2012.
Ce n'est pas encore le recul de 2,6% de 2009, mais combien d'années faudra-t-il pour recréer les emplois perdus ?
Pour les économistes, le doute n'est plus permis : la croissance sera nulle, voire négative en France en 2012.
Selon certaines analyses, si tous les pays européens vont au bout de leurs plans d'austérité, la récession pourrait atteindre 1,7% en Europe l'année prochaine.
"It's the economy, stupid !" Selon certains économistes, le fort ralentissement de la croissance, perceptible depuis l'été, pourrait faire basculer la France dans une nouvelle récession deux ans à peine après la brutale contraction de l'activité de 2008-2009. Alors que les experts économiques tablaient en début d'année sur la poursuite de la reprise de 2010, avec une croissance de l'ordre de 1,5 % en 2012, les événements des dernières semaines les conduisent tous à reprendre leur calculette. En octobre, le consensus des économistes tel qu'il ressort du Consensus Forecast pariait encore sur une croissance de 0,9 % en 2012, prévision déjà inférieure à la prévision officielle de Bercy (1 %). 
Mais celle de novembre, qui doit être publiée sous peu, devrait être significativement révisée à la baisse.
Une révision qui frappe déjà l'opinion, avec le retour brutal des plans sociaux en France, chez PSA et ses fournisseurs, Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole, et peut-être bientôt, si l'on en croit les syndicats, chez Areva et Air France. Le taux de chômage remonte depuis le mois de mai pour atteindre en septembre un record depuis douze ans. "Pour l'instant, dit Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, on observe une nette augmentation des difficultés des entreprises. Mais, grâce à la flexibilité, cela ne se traduit pas encore par un retour massif des plans sociaux."
Jusqu'à quand ?
"Le nombre total de défaillances d'entreprises en France est encore, à la fin octobre, en léger recul sur un an (de 1,3%), dit Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermes, mais c'est en raison du décalage lié aux délais légaux.
En réalité, l'année 2012 devrait connaître à nouveau un rebond de 3% des défaillances d'entreprises, à 63.900, soit proche de son record de 2009 (64.500)." Tout concourt à mettre un coup d'arrêt à la croissance, dit Bruno Cavalier,
économiste chez Oddo, plus pessimiste encore que le consensus : "entre le chômage qui est reparti à la hausse depuis le mois de mai, le climat d'incertitude totale qui domine avec la brutale aggravation de la crise de la zone euro, et qui incite les ménages à épargner davantage et les entreprises à différer leurs investissements, les deux plans de rigueur en trois mois, la stagnation du commerce mondial depuis six mois, sans oublier le resserrement du crédit imposé par les banques, la fin de l'année et le début de l'année prochaine vont être très difficiles."
Pour lui, dans une zone euro qui devrait voir son activité reculer de 0,3% en 2012, la France fera, l'année de ses élections reines, 0,1%. "La vitesse à laquelle le crédit se retourne à un moment où le taux de marge des entreprises est faible, et où le taux d'autofinancement se dégrade rapidement, va conduire les entreprises à réviser fortement à la baisse leurs programmes d'investissement, et à déstocker", ajoute Gilles Moec, économiste sur la zone euro à la Deutsche Bank à Londres.
Au-delà du niveau même de la croissance, la question de la dynamique à l'oeuvre est centrale. Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, rappelle que la forte révision à la baisse de l'activité pour 2012, que l'OFCE a réduite de 1,7% en avril à 0,8% en octobre, est due pour plus de la moitié aux hausses d'impôts annoncées fin août, le reste venant de la hausse du coût des matières premières et de la baisse de nos exportations. Alors que l'OFCE va, lui aussi, réviser à la baisse sa dernière prévision en intégrant les nombreux événements récents, il s'inquiète du durcissement, et de la synchronisation des plans d'austérité dans tous les pays de la zone euro.
Eric Heyer, de l'OFCE, a calculé que si tous les pays de la zone euro respectent leurs engagements de consolidation budgétaire, la récession atteindra 1,7% en 2012. Ce n'est pas encore le recul de 2,6% de 2009, mais combien d'années faudra-t-il pour recréer les emplois perdus ?







04/11/11 Messieurs les politiques, Libérez la croissance ! Marc Fiorentino

L'Europe et la France sont confrontées à un triple problème : dette, déficit, croissance.
Le sommet européen qui s'est étalé sur plusieurs jours est un événement historique. N'ayons pas peur des mots. Pour la première fois depuis le début de la crise de la dette, les leaders européens sont parvenus à un véritable accord, pas la pantalonnade habituelle des sommets précédents avec des décisions déjà caduques le lundi suivant leur annonce.
Les marchés devraient applaudir.
Ils réclamaient depuis des mois une gouvernance économique européenne. Ils l'ont.
L'Allemagne, à travers la main de fer d'Angela Merkel, a pris le leadership de l'Europe. Débarrassée de toute contrainte électorale jusqu'en septembre 2013, Angela Merkel a les mains libres. Et elle ne veut aucun compromis. Ce sera un plan de sauvetage allemand ou rien. Et toute l'Europe s'est inclinée. La dette grecque à 50%, la recapitalisation des banques, un Fonds de stabilité raisonnablement augmenté, c'était son plan. Mais elle a ajouté des nouvelles exigences : une réforme des retraites en Italie, le départ de fait de Berlusconi au printemps 2012 et... l'obligation pour la France de venir avec un plan crédible de réduction du déficit budgétaire. Et elle a tout obtenu.
Nous voilà donc engagés dans la voie, longue et douloureuse certes, de la résolution partielle des deux premiers problèmes européens : la dette et la recherche d'un équilibre budgétaire.
Ne nous faisons aucune illusion. Il faudra dans quelques mois renégocier la dette d'autres pays que la Grèce. Car même avec les programmes d'austérité imposés par l'Allemagne, l'endettement augmentera. Pourquoi ? Parce que la croissance ne sera pas au rendez-vous. L'Europe s'enfonce dans une croissance molle frisant la récession, juste au-dessus ou en dessous du niveau de la mer. Et à zéro, même avec des programmes courageux d'austérité, le déficit ne peut pas reculer.
La composante majeure aujourd'hui de la problématique européenne, c'est la croissance. La croissance ne se décrète pas. On a aussi enfin compris qu'elle ne se crée pas durablement avec des packages "ringards" de relance de la consommation. À force d'accumuler les primes à la casse, on casse tout espoir de reprise pérenne de la croissance.Le vrai débat des mois à venir en France, en cette période électorale, c'est la création de croissance.
Mais peut-on créer de la croissance dans un pays qui bride toutes les énergies ?
Dans un pays où on stigmatise les entrepreneurs, en les assimilant à des "patrons", dans un pays où à 30 ans on pense déjà à sa retraite, dans un pays où les TPE et les PME, seuls vecteurs de croissance pour l'avenir, sont abandonnées par les banques et harcelées par l'administration, dans un pays où on culpabilise les jeunes qui rêvent de gagner un jour plus de 4.000 euros par mois, seuil de la richesse pour certains politiques, dans un pays où les intérêts particuliers et les querelles de pouvoir sont au-dessus de l'intérêt général ?
L'Europe vient de montrer par la voix de l'Allemagne qu'elle peut continuer à avancer et à régler certains problèmes, il va falloir que la France montre qu'elle est capable de trouver un nouveau "business model" de croissance.
Pas un modèle de repli comme la décroissance ou la démondialisation, un modèle de conquête.

01/11/11 L'OCDE a sabré ce lundi ses prévisions de croissance 2012 pour les Etats-Unis et la zone euro, exhortant les dirigeants du G20 à agir rapidement pour restaurer la confiance et éviter une sévère contraction des économies développées.

Dans une note publiée en prévision du sommet du G20 les 3 et 4 novembre à Cannes, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques a réduit ce lundi ses prévisions de croissance 2012 pour la zone euro à 0,3% contre 2% prévu en mai et à 1,8% (contre 3,1%) pour les Etats-Unis.
Elle a appelé les dirigeants du G20 à prendre des mesures "audacieuses" pour calmer les turbulences des marchés et montrer qu'ils peuvent mettre en oeuvre des réformes structurelles face à la crise de la dette. L'OCDE estime qu'une détérioration des conditions financières de l'ordre de celle constatée durant la crise de 2007-2009 pourrait entraîner une baisse de jusqu'à 5% du produit intérieur brut (PIB) de certaines économies de l'OCDE d'ici au premier semestre 2013.
A l'inverse, si les mesures annoncées lors du sommet européen de mercredi dernier sont efficacement mises en oeuvre et capables de restaurer la confiance, la croissance pourrait se révéler meilleure que prévu, juge l'OCDE.
Pour l'ensemble des pays du G20, l'OCDE prévoit désormais une croissance de 3,8% en 2012 et 4,6% en 2013, mais celle-ci sera tirée vers le haut par les marchés émergents et notamment la Chine (+8,6% en 2012 et +9,5% en 2013).


"Diminuer le déficit affaiblira l'économie" et "en passant beaucoup de temps à s'occuper des banques,
on en a oublié les problèmes de fond".
Dans une interview accordée au site Youphil, Joseph Stiglitz va à contre-courant des idées reçues sur la crise.

Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz ne pense décidemment pas comme les autres. Déjà, il y a quelques mois, il conseillait tout bonnement à l'Allemagne... de sortir de la zone euro. Dans une interview accordée au site Youphil, il pointe du doigt les incohérences des gouvernements pour endiguer la crise et donne ses solutions.
Ne pas se focaliser sur le secteur financier
Pour l'économiste, le problème fondamental n'était pas seulement financier
"Renflouer les banques était nécessaire, mais pas suffisant.
Et c'est là que le gouvernement d'Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont aggravé la crise. En passant beaucoup de temps à s'occuper des banques, on en a oublié les problèmes de fond" précise-t-il dans l'interview.
Pour lui, les véritables racines de la crise sont la compétitivité croissante des pays émergents,
le système monétaire international et la flambée des prix de l'énergie.
La règle d'or ? Un remède pire que le mal
Selon Joseph Stiglitz, la réduction du déficit est tout sauf prioritaire : "en ce moment, diminuer le déficit affaiblira l'économie. L'austérité n'est pas la solution ; cela aggravera nos problèmes." Il recommande au contraire de nouvelles dépenses publiques pour stimuler l'emploi, notamment américain.
Déséquilibres
Pour résoudre le problème des inégalités croissantes, il faut mener, d'après l'ancien prix Nobel d'économie, une politique de long terme sur l'éducation. Mais aussi privilégier les innovations environnementales alors que, "jusqu'à présent, le secteur privé a mis l'accent sur des innovations qui créent du chômage".

12/07/2011 "Une bande organisée de spéculateurs cherche à faire tomber les pays de la zone euro"

Edouard Tétreau, associé-gérant de Mediafin, conseil en stratégie, professeur à HEC, estime que le moment est venu de mettre les spéculateurs hors d'état de nuire.

Les écarts de taux entre l'Allemagne et l'Italie sont à des niveaux historiques. Pourquoi les marchés financiers s'attaquent-ils à ce pays ?
D'abord, ce ne sont pas "les marchés financiers", mais une bande organisée de spéculateurs, mobiles, bien armés et à ce jour anonymes, qui cherchent à faire tomber les pays de la zone euro les uns après les autres. Grâce aux efforts de la BCE et de l'Eurogroupe, cette bande a, à ce jour, raté son coup.
Elle a même perdu de l'argent sur la Grèce qui n'a pas fait défaut, contrairement à ce que certaines agences de ratings, étonnamment complices, voudraient nous faire croire. Aujourd'hui, cette bande s'attaque à l'Italie, l'Espagne. Demain, ce sera au tour de la France. Le moment est venu demettreces spéculateurs hors d'état de nuire.
N'est-il pas un peu facile de désigner toujours les spéculateurs ?
Ce qui est facile, c'est de ne pas nommer les choses et de laisser faire.
A l'heure actuelle, certains fonds d'investissements et établissements bancaires, américains, britanniques mais aussi européens - c'est un comble - ont un intérêt financier à mettre des pays européens en faillite.
Ils le font en achetant des CDS sur les dettes européennes, en vendant des titres à découvert, en alimentant le marché de rumeurs, qui font les choux gras et les gros titres d'une certaine presse financière. La première mesure des autorités de marché et des dirigeants politiques doit être, au nom de la transparence des marchés, de forcer l'identification de ces spéculateurs.

Quels fonds ont intérêt à faire tomber l'Europe ?
Quels établissements arment ces fonds avec des prêts, ou des titres - parfois à leur insu ?
Après avoir rendu public ce listing, il faut -vite- se donner les moyens de blacklister ces institutions. Au nom de quel masochisme devrait-on continuer de les laisser opérer sur le marché européen ? Nous sommes actuellement dans une guerre financière qui ne dit pas son nom. Elle réclame des mesures à la hauteur des enjeux. En résumé : une institution prise en flagrant délit d'attaque sur les dettes souveraines européennes doit se voir interdire l'accès aux marchéseuropéens. Ni plus, ni moins.Dans cette guerre, je suis pour le moins perplexe face à la myopie des marchés financiers, qui tirent quotidiennement sur la zone euro, oubliant que deux Etats souverains ont des finances publiques au moins aussi délabrées que la Grèce : la Grande-Bretagne (un déficit correspondant à 9% du PIB) et les Etats-Unis, qui pourraient faire défaut dans quinze jours sur leur dette, et qui ne savent pas s'ils vont faire 1.500 ou 1.700 milliards de dollars de déficits en 2011. La timidité des américaines agences de notation sur le sujet est aussi curieuse que leurs triple A sur les subprimesde 2008...

Qu'attendent les responsables politiques européens pour réagir ?
Je ne sais pas. C'est maintenant que ça se passe. Cet automne, il sera trop tard. Trois actions doivent être entreprises : 1. Dans les prochains jours, le listing et le "blacklisting" des institutions spéculant contre la zone euro. 2. Une initiative franco-allemande sur les marchés, par exemple un achat massif de dettes souveraines espagnoles et italiennes. Nos amis allemands le savent : si ces pays font défaut, leurs banques sautent. La solidarité européenne est aussi une bonne politique nationale. 3. Avant le 2 août prochain, date à laquelle les Etats-Unis auront atteint leur plafond de dette autorisé par la loi, nomination d'un ministre européen des finances ayant pour mission première la mutualisation des dettes nationales européennes. C'est l'heure de vérité de l'Europe : soit chacun se replie sur son pré carré national, et tout le monde est perdant ; soit nous sortons de la crise par le haut, avec une union fédérale budgétaire et fiscale, et donc politique.
Tout cela nécessite du temps ?
S'il a fallu quelques heures pour décider une opération militaire en Lybie, on peut se donner quelques jours pour endiguer la spéculation, et quelques semaines pour unir les forces des Trésors allemand, français, italien, espagnol. Après, nous aurons le temps de passer aux choses sérieuses : la remise en ordre de nos finances publiques, à commencer par la France ; la responsabilisation de l'Allemagne face à son engagement européen, notamment en termes de défense ; et la constitution des Etats-Unis d'Europe.

Mai 2010 A Genève, le célèbre économiste new-yorkais Nouriel Roubini craint que les plans d’austérité envisagés pour réduire les déficits ne conduisent à une seconde récession.
La Grèce n’échappera pas à une restructuration de ses dettes.

Avec la crise de la dette en Europe, «nous entrons dans la deuxième phase de la crise financière mondiale»,
prévient le professeur de l’université de New York qui s’est déjà illustré en prévoyant la crise des «subprime».
Celui-ci était à Genève, invité par Informed Judgement Partners, société de gestion de patrimoine fondée il y a un an.
L’Europe va mal, à en croire le célèbre économiste
«Bien sûr ces problèmes de déficits publics peuvent être résolus au cours du temps; mais en attendant les Etats seront maudits s’ils s’y attaquent… et voués aux gémonies s’ils ne le font pas», résume Nouriel Roubini. Les pays dont la politique monétaire est orchestrée par la Banque centrale européenne ne peuvent «monétiser» leurs dettes, c’est-à-dire faire tourner la planche à billets pour éponger leurs emprunts, comme aux Etats-Unis. L’alternative – hausses d’impôts, coupes des dépenses publiques – leur promet donc «au mieux une reprise anémique, en forme de U, et au pire une replongée dans la récession». Et si l’Europe devait connaître une «récession bis», cela «ne manquerait pas d’affecter la Suisse», prévient-il.
L’euro sous les un dollar
Selon cet économiste de cinquante et un ans, c’est précisément ce scénario qu’envisagent à présent des marchés financiers qui continuent de baisser en dépit du plan de sauvetage de 750 milliards d’euros décidé en mai par les pays de la zone euro.
«Je doute de la capacité de pays comme la Grèce à mettre en place un programme d’austérité aussi important que celui qui lui est promis: les manifestations se multiplient, fragilisant les autorités», estime Nouriel Roubini. Pour ce dernier, d’autres gouvernements, comme l’Espagne «pourraient bientôt faire face» à une contestation politique similaire face au programme de rigueur envisagé. Le problème se résume à une variable: le temps. «La solution viendra dans la mise en place de réformes structurelles dont les résultats ne se feront pas sentir avant plusieurs années; les seules options restant d’ici là la sortie [des pays les plus faibles] de la zone euro ou la poursuite de la dépréciation de la monnaie européenne», poursuit l’économiste, qui voit la valeur de l’euro passer «sous la parité avec le dollar», peut-être «dès l’an prochain».
La Grèce est «insolvable»
A l’en croire, le pays symbolisant ce deuxième versant de la crise, la Grèce, devra, «inévitablement annoncer une restructuration de sa dette». Athènes ne fait pas simplement face à un problème de trésorerie. Le pays «est insolvable». Des difficultés qui seront exacerbées par la récession provoquée par un plan d’austérité drastique et que n’empêcheront «ni les aides de l’Union européenne ni celles du FMI».
Selon lui, plus qu’un défaut de remboursement – à la manière de l’Argentine – le seul «plan B» s’offrant à la Grèce sera de proposer aux détenteurs de ses emprunts d’échanger leurs titres contre «d’autres arrivant à échéance plus tard, sur le modèle des restructurations de dettes en Ukraine ou au Pakistan». Un sombre destin qui vaut plus que jamais à l’économiste son surnom de «Dr Doom».
«Il faut exploser UBS et les banques de Wall Street»  >> Entretien :
Nouriel Roubini, votre spécificité est de peindre l’avenir en noir.
Quelle réforme urgente feriez-vous pour éviter l’apocalypse que vous prédisez dans votre dernier livre*?
NR: Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est que les Etats qui sont venus au secours des banques doivent à leur tour être secourus. Ils ont dû massivement s’endetter pour sauver le système financier. Or, que se passera-t-il lorsque l’Allemagne, la Suisse et d’autres prêteurs disciplinés ne voudront plus financer ces plans de sauvetage? Le mécanisme de la dette globale ressemble de plus en plus au jeu de l’avion, à une escroquerie de Ponzi comme celle utilisée par Madoff.
C’est sévère, non?
NR: Non. Il est vraiment temps de couper les vivres à UBS, Bank of America, Goldman Sachs ou JPMorgan Chase. Il faut les affamer. Car après avoir été à l’origine de l’incroyable endettement des Etats pour les sauver (ndlr: on parle de 14?000 milliards de dollars), elles sont ressorties de la première étape de la crise plus grosses, plus puissantes qu’avant. Plus que jamais, elles savent bien qu’elles peuvent continuer à jouer au casino; s’il y a un couac, le politique reviendra une fois de plus à la rescousse. On se trouve paradoxalement plus menacé que jamais par les instituts «too big, to fail».
Des régulations strictes, tant en Europe que, récemment, aux Etats-Unis sont pourtant en cours.
Cela ne vous suffit-il pas?
NR: Ce sont certes des pas importants en avant, mais, en réalité, totalement insuffisants. La seule voie possible est de les fragmenter. Car une même banque – telle UBS en Suisse – qui abrite sous le même toit la petite clientèle, les prêts aux entreprises, l’investment banking, des hedge funds ou des assurances est impossible à contrôler, ni par sa direction générale ni par les organes de surveillance. Il faut impérativement que les activités à destination de la clientèle et des entreprises soient séparées de celles de la banque d’affaires, beaucoup plus risquées.
Revenir à ce qui existait il y a dix ans encore aux Etats-Unis, au Glass Steagall Act?
NR: Absolument. Les gouvernements doivent imposer aux grandes banques mondialisées une sorte de mur de Berlin entre la banque commerciale et la banque d’investissements.
Et les agences de notation, qui se sont tant trompées sur les «subprime» et qui, aujourd’hui, mettent la Grèce, l’Espagne ou le Portugal sous pression?
NR: Là également, des réformes urgentes s’imposent, notamment en les contraignant à changer radicalement leur modèle d’affaires. Il n’est plus tolérable que ces agences soient payées par les mêmes personnes, les mêmes entreprises et les mêmes Etats dont elles sont censées juger la solvabilité.

LIVRE :  Nouriel Roubini, Stephen Mihm, «Economie de crise», Lathes, 2010.
Source : La tribune.fr, le Temps, LaTribune de Genève, le Blogalupus.com, Monfinancier.com, OFCE, les échos.fr



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